Deux Pritzker de 2019

 
focus-archi-magazine-architecture-archinews-pritzker-Kevin-Roche.jpg

Subtilité asiatique et axe anglo-saxon.


L’actualité est parfois cruelle. Alors que le jury du Pritzker Prize – considéré comme le Nobel de l’architecture – venait de couronner pour la huitième fois un Japonais, Arata Isozaki, la profession apprenait le décès de l’architecte britannique Kevin Roche, Pritzker 1982.  L’un fut le camarade d’université de Kenzo Tange, l’autre le disciple de Soorinsen. Une demi-décennie à peine les séparait. Désormais, d’une courte longueur, seuls les Etats-Unis ont davantage de Pritzker que l’empire du Milieu.   

Le prix le plus prestigieux du globe en matière d’architecture, édition 2019, est allé à l’octogénaire Arata Isozaki (87), architecte-urbaniste international et polyvalent, le plus influent du Japon d’après Hiroshima et Nagasaki. Natif de Kyushu, la troisième plus grande île du Japon, le 46e récipiendaire du Pritzker (vidéo YouTube 2’10’’) – considéré comme le Nobel de l’architecture – est le huitième architecte japonais à emporter le trophée. Sa carrière est riche de six décennies. Ses créations sont réparties entre Asie/Moyen Orient, Europe et Amérique du Nord. Adolescent, il vit et témoigne du largage de la bombe atomique sur l’autre rivage. «J’ai donc grandi près du néant, une ville en ruines sans architecture ni bâtiments, pas même une ville», a-t-il coutume de rappeler. Paradoxe des paradoxes, sa première expérience architecturale est donc le vide d’architecture. La sortie de guerre du Japon marque le début de sa carrière, diplôme de l’Université de Tokyo en poche dès 1954, où étudie en même temps que lui Kenzo Tange

Climax

Moins d’une décennie plus tard, le Japonais fonde Arata Isozaki & Associates. Isozaki s’occupe entre autres du parc des expositions Expo 70 à Osaka. A cette époque, il conçoit dans la veine du  brutalisme japonais. Ensuite, le changement est constant, devenant son style. Sa première grande mission internationale l’est aux Etats-Unis avec le Museum of Contemporary Art (MOCA) de Los Angeles. Il dessinera ensuite une pléthore de bâtiments – enceintes sportives et récréatives, bureaux, musées – dont le Team Disney Building (Floride), un centre culturel en Chine (Shenzhen) et un Musée des arts à Pékin, le National Convention Center au Qatar – le plus grand centre d’expos du Moyen-Orient –, la Tour Allianz (Milan) et encore récemment l’Ark Nova, salle mobile pour concerts, en cheville avec Anish Kapoor. Il construira aussi pour les JO, ceux de Barcelone à l’été 1992. Accueillant la gym olympique, son Palau Sant Jordi privilégie zinc, tuiles inversées, carreaux et travertin sur la colline de Montjuic dominant la ville espagnole. Le Pritzker 2019 lui sera remis en mai prochain lors d’une cérémonie officielle organisée à Paris. 

Quasi-simultanément à ce couronnement, le lauréat du Pritzker 1982 (l’un des premiers attribués; la création du prix date de 1979), le nonagénaire britannique Kevin Roche, décédait à l’âge quasi canonique de 96 ans. On lui doit notamment le Metropolitan Museum of Art de NYC et le siège de la fondation Ford à Manhattan, forme en L s’enroulant autour d’un grand atrium au célèbre jardin intérieur arboré. Son portefeuille comprend également une dizaine de musées, une quarantaine de sièges de sociétés et d’institutions, des labosde recherche et des campus universitaires. Né à Dublin, l’Irlandais était installé dans le Connecticut et avait débuté sa carrière avec Eero Saarinen et son groupe finno-US à l’architecture néo-futuriste, après avoir étudié avec Mies van der Rohe en troisième cycle dans l’Illinois. Avec son confrère Dinkeloo, Roche fonde Kevin Roche John Dinkeloo & associates (KRDJA) et achève plusieurs travaux majeurs à New York: zoo du Central Park, gratte-ciel 60 Wall Street, extension du musée juif, masterplan du Met et nouvelles galeries. Utilisant souvent maçonneries, verres et Corten, Roche est couronné du Pritzker 1982 à la suite de ces réalisations. Le jury salue un «travail considérable.»

Par Philippe Golard

focus-archi-magazine-architecture-archinews-pritzker-Isozaki.jpg

© H.Suzuki/Y.Ishimoto; Irish America