R.I.P. IM Pei, un siècle d’architecture

 
Focus-Archi-magazine-architecture-portrait-IM-Pei.jpg

Le duo Pei-Niemeyer capitalisait deux siècles d’existence 


L’architecte sino-américain Ieoh Ming Pei, prix Pritzker 1983, est décédé mi-mai à l’âge canonique de 102 ans et 20 jours. Certes, le monde se souvient de sa révolutionnaire intervention au Musée du Louvre, lui érigeant une pyramide en guise de porte d’entrée. Mais de Doha au Colorado, de Taiwan à Cleveland ou dans sa Chine natale, ses nombreuses autres œuvres plaident d’une autre manière le génie du disparu.

On ne sait s’il était adepte du régime Okinawa de l’île japonaise éponyme réputé pour la très longue espérance de vie qu’il prodigue à ses adeptes, conjugué à une hérédité favorable. Toujours est-il que l’architecte sino-américain Ieoh Ming Pei, artisan entre autre de la pyramide du musée du Louvre sous la présidence inspirée de François Mitterrand (écho ‘Le siècle de Pei’>FA web), aura allègrement dépassé le siècle, s’éteignant à 102 ans et 20 jours, en cette mi-mai.

Foster, Libeskind, Turner et Goldberger en tête, les Anglo-Saxons avaient coutume de souvent qualifier le prix Pritzker 1983, considéré comme le Nobel de l’architecture, de «dernier survivant du modernisme monumental», signifiant par là qu’à sa disparition désormais effective, le signal serait donné de la toute fin d’une ère architecturale. Le natif de Guangzhou aura été un homme maîtrisant les traditions millénaires de sa discipline, à la longévité exceptionnelle, à la vie incroyable.

Le sino-américain né fin avril 1917 au nord-est de Hong Kong a tout juste 18 ans lorsqu’il part s’installer aux Etats-Unis des années 30, pour y étudier l’architecture à l’université de Pennsylvanie. Le jeune prodige enchaîne une formation d’ingénieur au MIT et un 3e cycle à Harvard, à la Graduate School of Design dirigés par les maîtres du Bauhaus Walter Gropius et Marcel Breuer (notre dossier ‘Centenaire Bauhaus et Belgique’>Focus Archi 21, pp. 62-64).

A l’instar de Niemeyer

Pei débute sa carrière en travaillant d’abord pour l’organisation gouvernementale américaine US National Defense Research Committee et pour le magnat de l’immobilier William Zeckendorf. Mi-années 50, il fonde son propre cabinet d’architecture avec Henry N. Cobb et Eason H. Leonard. Son bureau devient Pei Cobb Freed & Partners en 1989, un an avant la retraite du plus que centenaire, qui continuera à mener ses consultations sur de nombreux projets.

Lorsqu’il conçoit le révolutionnaire emblème de l’ancienne demeure royale et impériale parisienne aux 9 ha en 1983, l’élève du Bauhaus compte déjà une douzaine de musées à son actif. Pour l’essentiel outre-Atlantique et -Pacifique. Au cours de sa carrière longue de… sept décennies, à l’instar d’Oscar Niemeyer (décédé lui à 104 ans), il suffit d’évoquer la nouvelle aile trapézoïdale Est du National Gallery of Art au Capitole (Washington DC) de 1978. Ou encore le Musée d’art islamique de Doha inauguré fin 2008 au Qatar, sur une île artificielle.

Outre les musées, son portefeuille de réalisations compte nombre de bibliothèques, centres municipaux, mais aussi labo de recherches Mesa au Colorado, gratte-ciel à géométrie complexe de la banque de Chine (367,5 m) à Hong Kong, chapelle commémorative à Taiwan, au treillis de béton croisé antisismique. Voire encore le rock & roll Hall of Fame de Cleveland, aux deux surfaces vitrées triangulaires soutenues par une tour de 49 m. Dans cette architecture surplombant le lac Erié, Pei voulait y capter l'énergie du célèbre courant.

© Pei Cobb Freed & Partners

Par Philippe Golard

Focus-archi-magazine-architecture-Pei-Louvre.jpg
Focus-Archi-magazine-architecture-R&RHall-of-fame.jpg
Focus-Archi-magazine-architecture-MIA-Qatar.jpg

 
ActuEléonore Cucca