Stigmates de l’apocalypse

 
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Architecture mémorielle, marchés de la peur


Outre-Manche, Architype vient de concevoir le bâtiment le plus étanche au monde pour abriter collections et documents de 14-18. Pendant ce temps, le monde de la peur fait florès. Aux Etats-Unis et en Nouvelle-Zélande notamment, plusieurs sociétés proposent d’ériger des abris sécurisées en surface, enterrés ou dans d’anciens silos à missiles nucléaires reconvertis. Pour mieux affronter éventuels conflits nucléaires, NBC et catastrophes climatiques d’ampleur...

Ces dernières années, l’architecture mémorielle a été à la fête avec la commémoration du centenaire de la der des ders, le premier conflit mondial aux dizaines de millions de morts et gueules cassées, et le 75e anniversaire du D-Day rassemblant la plus grande armada de tous les temps pour débarrasser le Vieux continent du joug nazi. Dans cette veine, l’Imperium War Museum possède désormais le bâtiment le plus étanche au monde pour abriter ses précieux dépôts d’archives à Duxford-Cambridgeshire (R-U), baptisé IWM Paper Storage, au nord d’un ancien aérodrome dont beaucoup de bâtiments datent de la Ire Guerre mondiale.

Pour conserver collections et documents (œuvres d’art, photos, lettres et journaux intimes documentant la guerre depuis 1914) les plus sensibles, l’extension aux 1.238 m2, en forme de simple boîte et aux façades en acier patiné a été conçu par Architype, bureau spécialisé en  création de bâtiments durables notamment en Ecosse et au Qatar. Labellisé passivhaus (normes allemandes très strictes), son empreinte écologique est extrêmement faible.  

Sa quasi construction passive lui assure de très faibles consommations chauffage ou climatisation, tout en réduisant les coûts de fonctionnement. Ce dépôt d’archives IWM a obtenu l’actuel record du monde lors d’un test d’étanchéité à l'air, conforme aux normes de l’Association internationale Passivhaus. L’utilisation de techniques passives avec des variations d’air très faibles y permet un contrôle constant partout sans aucun changement rapide. Même si les t° extérieures fluctuent beaucoup, modélisation en place et suivi assuré font en sorte que  les conditions internes restent dans les limites de tolérance, et ce, tout au long de l'année.

Fin du monde

Pendant ce temps, aux Etats-Unis comme en Nouvelle-Zélande notamment, une clientèle fortunée craignant pour son futur et ses avoirs se tourne vers la conception d’abris antiatomiques pour parer l’éventualité d’un conflit nucléaire ou NBC (neuro-bactério-chimique) ou de catastrophes climatiques d’ampleur. Ces constructions sont assez éloignées des bunkers de la IIe Guerre mondiale et des abris antiatomiques type Guerre froide. Un récent documentaire du site Vice montre ainsi comment les ultras-riches de la Silicon Valley se font actuellement construire des propriétés secrètes et sécurisées.

La société Rising S Company livre de tels bunkers partout dans le monde, en surface comme enterrés, du mini-abri de 9 m² jusqu’au modèle affichant 600 m². L’ensemble de ces réalisations sécurisées sont garantis à vie. La société US Survival Condo propose, elle, des modèles moins spartiates, convertissant par exemple d’anciens silos à missiles nucléaires Atlas en… copropriétés de luxe sur une quinzaine d’étages aux ascenseurs à reconnaissance biométrique. Celles-ci disposent de réserve de nourriture pour une demi-décennie par habitant et d’unités d’agriculture et pisciculture hydroponiques. La copropriété est complétée d’une école, d’un centre de sports, d’un parc aveugle et d’une piscine. Le niveau complet vous coûtera 3 millions $, le penthouse quelque 4 millions $.

© Architype; Survival Condo (abris)

Par Philippe Golard

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