Architecture habillée

 
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L’architecture textile a toujours occupé une place à part dans le paysage des styles architecturaux. Reste que c’est une des architectures les plus anciennes. La tente en est l’exemple le plus évident. L’architecture textile est particulièrement à l’honneur et en pleine évolution de nos jours. Logique, car aucune forme d’architecture n’offre autant de possibilités et de liberté de création que l’architecture textile. Conversation avec un des spécialistes en la matière.

L’architecture textile s’appuie sur une longue histoire qui remonte au Paléolithique. Les formes d’habitation basées sur le textile ont subsisté sous diverses formes depuis cette époque. Aussi est-ce un archétype d’habitation et il y a des raisons à cela. L’exemple d’école, c’est la tente. La toile (de tente) est légère, résiste généralement aux intempéries, est facile à monter et à démonter, et elle est compacte et flexible. Ce n’est toutefois que depuis quelques décennies que la recherche en textile d’architecture a connu une réelle percée. De nos jours, l’offre est toutefois particulièrement technique et diversifiée. Le textile peut en quelque sorte être considéré comme un matériau haute-couture pour l’habillage d’un bâtiment. Rares sont les matériaux qui peuvent allier légèreté (poids au mètre carré), flexibilité, résistance et durabilité avec la possibilité d’enserrer aussi précisément une forme architecturale.

Vaste offre de membranes

L’offre de membranes professionnelles à usage architectural est pléthorique de nos jours. Les plus utilisées actuellement sont le tissu polyester avec revêtement en PVC, le tissu en fibres de verre revêtu de PTFE ou encore le tissu en fibres de verre revêtu de silicones. Les membranes à usage architectural les plus vendues et les plus utilisées sont assurément celles à base de tissu de polyester revêtu de PVC. Le prix très concurrentiel (une fraction du prix des autres applications) de ce type de membranes joue lui aussi et sans aucun doute un rôle dans leur utilisation fréquente pour des applications architecturales. Sans compter leur facilité de placement et d’application.

La membrane la plus populaire

Chez Sioen Industries, on explique volontiers pourquoi les membranes en polyester revêtu de PVC sont à ce point populaires. Maxime Durka, chef recherche et développement chez Sioen Coatings: « Comparé à la fibre de verre, le polyester possède deux grands avantages : il est plus résistant aux plis lors de l’assemblage et pendant l’installation. La fibre de verre est de surcroît plus sensible aux dommages durant la production, le transport et l’installation et nécessite différentes précautions. En outre, les membranes en polyester revêtues de PVC sont plus permissives en termes d’allongement que la fibre de verre lors de la mise sous tension. De même, l’adaptation de certaines imperfections et corrections durant le placement peut s’effectuer sans risque afin de parvenir à un résultat quasi impeccable. »

Cette construction de Snøhetta Architects forme le podium principal du Kongsberg Jazz Festival annuel. Le reste de l’année, cette structure à membrane est stockée dans des conteneurs standard. La structure est de type hybride. Elle combine des tubulures périphériques pneumatiques et un squelette intérieur en acier. Les tubes de pipeline pneumatiques et la structure à membrane de tension créent ainsi une forme tout à fait inédite.

Cette construction de Snøhetta Architects forme le podium principal du Kongsberg Jazz Festival annuel. Le reste de l’année, cette structure à membrane est stockée dans des conteneurs standard. La structure est de type hybride. Elle combine des tubulures périphériques pneumatiques et un squelette intérieur en acier. Les tubes de pipeline pneumatiques et la structure à membrane de tension créent ainsi une forme tout à fait inédite.

Haute technologie

Chez Sioen Industries, on souligne également le caractère à la fois technologique et performant de ce type de membrane. « Ce type de membrane est bien plus qu’une toile revêtue, explique Maxime Durka. Pour des applications structurelles dans des bâtiments comme le recouvrement de façade ou de toit, il est très important que la structure du textile ainsi que le squelette de la membrane soient tissés avec soin avec un polyester hautement résistant à la traction de sorte ce que la construction architecturale puisse être mise sous tension d’une manière efficace. Ce type de tissu pour les applications hautes performances reçoit donc un traitement « low-wick » approprié. Il s’agit d’un traitement spécial qui empêche la remontée de l’humidité (par capillarité) et qui prévient les problèmes d’humidité aux points d’assemblage. La performance technique du matériau reste ainsi intacte. La composition des couches de revêtement d’un côté et du tissu de l’autre sont le résultat d’intenses recherches. Des pigments de haute qualité sont par ailleurs utilisés afin de garantir une bonne stabilité des couleurs et d’offrir une protection contre la décoloration par les UV, la lumière et l’oxydation. De par sa composition, le tissu a également une action retardatrice de feu et il est traité pour combattre le développement de biomasse (mousse, moisissures/champignons, bactéries...). »  

Le futur toit du Hartsfield Jackson Terminal sur l’aéroport d’Atlanta (États-Unis) se composera d’une couverture d’éthylène-tétrafluoréthylène à deux couches dont les éléments seront gonflés comme des bulles. Au-dessus de la toiture, ces cercles argentés protègeront contre la chaleur du soleil.

Le futur toit du Hartsfield Jackson Terminal sur l’aéroport d’Atlanta (États-Unis) se composera d’une couverture d’éthylène-tétrafluoréthylène à deux couches dont les éléments seront gonflés comme des bulles. Au-dessus de la toiture, ces cercles argentés protègeront contre la chaleur du soleil.

Exemple d’école

La liste des constructions textiles qui peuplent aujourd’hui le paysage architectural mondial est impressionnante. « Le stade ‘L’astronave’ ou ‘Coccinella’ (Adriatic Arena, Pesaro, Italie) a été construit en 1966 et c’est une des plus grandes structures sportives d’Italie avec une capacité de 11.000 spectateurs, explique Maxime Durka. En 2016, le toit du stade a commencé à souffrir d’une série de problèmes conceptuels et n’était donc plus étanche à la neige et autres intempéries. Celles-ci avaient attaqué les jointures et le métal au fil des ans. C’est pourquoi l’ensemble de la membrane textile et ses attaches ont été rénovés et protégés. Des volets de fermetures ont également été intégrés dans la membrane architecturale. Ce projet est assurément un bel exemple permettant à du textile architectural de couvrir efficacement de grandes superficies, mais qui montre aussi que les détails techniques de placement sont importants pour la durabilité et la qualité à long terme. Les volets de fermeture en textile architectural démontrent à leur tour la confiance qui existe aujourd’hui dans les milieux architecturaux sur le plan des membranes flexibles. »

La couverture du mythique stade Maracanã à Rio de Janeiro se compose d’une membrane en fibre de verre revêtue de PTFE, suspendue entre des piliers radiaux.

La couverture du mythique stade Maracanã à Rio de Janeiro se compose d’une membrane en fibre de verre revêtue de PTFE, suspendue entre des piliers radiaux.

Apparence moderne

La façade du TiO3 (Renaix,Belgique) est également un bel exemple d’architecture textile réussie. « A l’origine, le TiO3 était un hôpital militaire, qui a été réaffecté en incubateur d’entreprises en 2012, poursuit Maxime Durka. Afin de lui donner une apparence moderne, il s’est vu doter d’une façade en textile architectural, ce qui lui a conféré non seulement une nouvelle identité, mais ce qui a optimisé par la même occasion ses performances énergétiques grâce à une protection solaire externe, plus efficace d’une version interne. Pour installer la façade externe, il a fallu au préalable placer une structure métallique destinée à soutenir les profilés sur lesquels a été monté ensuite le textile architectural. Aujourd’hui, sept ans après la rénovation réelle, la construction est encore toujours en parfait état. Ce projet prouve en tout cas que le textile architectural ne se limite pas aux toitures. Mieux même, les façades en textile ont aujourd’hui le vent en poupe dans le monde du fait de la tendance à l’optimisation énergétiques des bâtiments, mais aussi pour des raisons esthétiques. Côté budget, les façades en textile sont une fois encore très performantes comparé aux méthodes de construction traditionnelles. »

Multifonctionnel

Le textile architectural peut également faire valoir ses atouts à l’intérieur d’un bâtiment. Le projet de rénovation de l’Iglesia de la Cruz (Montevideo, Uruguay, 2016) en est un magnifique exemple.

Le textile architectural peut également faire valoir ses atouts à l’intérieur d’un bâtiment. Le projet de rénovation de l’Iglesia de la Cruz (Montevideo, Uruguay, 2016) en est un magnifique exemple.

Le textile architectural peut également offrir des avantages à l’intérieur d’un bâtiment. L’Iglesia de la Cruz (Montevideo, Uruguay, 2016) en est un bel exemple. « L’intérieur de l’église, plus précisément les murs, avaient un urgent besoin de rénovation, dit Maxime Durka. Le coût des travaux de rénovation dépassait toutefois largement le budget disponible, et une solution alternative devait donc être trouvée. Le choix s’est donc porté sur le textile architectural plutôt que sur une rénovation traditionnelle. Un coup dans le mille sur le plan esthétique, car il a donné aux murs une apparence fraîche et moderne grâce à la nature légère et transparente du textile utilisé. L’application du textile architectural a par ailleurs considérablement amélioré l’acoustique du lieu. Ce n’était pas à proprement parler une intervention architecturale, mais davantage une application qui a prouvé que l’architecture textile pouvait être à la fois peu onéreuse et multifonctionnelle. »

Avenir assuré

L’avenir de l’architecture textile semble assuré, mais en même temps, le secteur évolue particulièrement vite. « A l’heure qu’il est, on observe une nette tendance à la recyclabilité et à la réduction de l’empreinte écologique pour ce qui est de la production et de l’application du textile architectural, précise encore Maxime Durka. Une course contre la montre est également en cours dans le segment pour développer des matériaux de plus en plus performants en termes de forme, de fonctionnalité et de caractéristiques énergétiques. Le textile architectural a entre-temps investi petit à petit le secteur de la construction et de la rénovation résidentielle. En Belgique, il en est néanmoins encore à ses premiers balbutiements. L’Allemagne est bien plus avancée en la matière et s’est déjà forgé une réputation mondiale dans le domaine. Bon nombre de bureaux d’architecture et d’ingénierie en ont fait leur spécialité. Il est absolument indispensable de rendre l’architecture textile plus accessible et plus modulable. Il y a un grand besoin d’experts susceptibles de mettre en œuvre ce genre de projets afin de pouvoir créer un cadre de référence de qualité. Reste aussi à démocratiser les techniques et les concepts. » À suivre.


© Sioen Coatings - Church Carasco ; D.R.; © Mahlum _ Wikimedia Commons ; © Schlaich Bergermann und Partner - Estadio_Maracana

Par Pascal Dewulf