Jeter des passerelles entre le passé et l’avenir

 
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Klaarchitectuur met l’accent sur ‘le passé’ de ses créations
et crée une passerelle avec l’avenir


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Klaarchitectuur a été fondé il y a neuf ans par Gregory Nijs, qui a étudié l’architecture à Diepenbeek. Son épouse Nadia Jottard a rejoint le bureau en 2012 pour prendre en charge son organisation pratique. L’architecte Gregory Nijs entend principalement imposer sa griffe dans ses projets.

Un principe auquel il ne peut être dérogé sous aucun prétexte lorsqu’il s’agit de son propre lieu de travail. La recherche d’un nouveau siège professionnel avait abouti une première fois avec l’achat d’un ancien magasin de sirop à Saint-Trond. Tout avait déjà été mis en place pour une rénovation en profondeur du bâtiment, lorsque l’architecte est tombé sur une annonce ‘À vendre’ portant sur une chapelle désaffectée. Le hasard veut qu’il avait déjà eu l’occasion de visiter ce bâtiment il y a une dizaine d’années, et cela lui avait forte impression. À l’époque toutefois, l’investissement était trop élevé, parce que la vente de la chapelle était couplée avec un autre bâtiment, plus grand. Cette fois, la donne était différente et Gregory Nijs n’a pas hésité très longtemps avant de passer à l’action : le panneau ‘À vendre’ est passé de la chapelle au magasin de sirop et l’équipe de Klaarchitectuur a pu s’en donner à cœur joie dans l’établissement des plans pour son achat à haut potentiel de vécu.  


Fouiller le passé

Bien que le bâtiment soit identifié comme ‘chapelle’, la chose ne semble pas concorder totalement avec le contexte historique réel. Son histoire documentée remonte au XVIe siècle, mais les détails connus ne sont guère nombreux. Ce qui est apparu, en revanche, c’est que la bâtisse était à l’origine un bâtiment agricole, une grange et/ou une étable, avec une exécution assez luxueuse pour cette fonction. La visibilité de l’accès tendrait à suggérer l’utilisation de carrosses. Le fait que tout un chacun s’accorde à parler de chapelle vient sans doute de l’adjonction d’un chœur en briques en 1872, au demeurant la partie la mieux conservée de l’ensemble, qui faisait jadis partie du couvent des Bogards à Saint-Trond. En 1997, l’administration des monuments et des sites décida de son classement, ce qui signifie qu’il doit être préservé au maximum dans son état d’origine.
« Klaarchitectuur s’est forgé une réputation avec un style moderne et intemporel, mettant l’accent sur la notion d’espace à vivre de l’architecture. Le fait de redonner vie et avenir à la chapelle n’est pas contraire à notre philosophie, mais constitue au contraire un défi majeur qui s’y inscrit parfaitement », argumente Gregory Nijs. « L’achat de la chapelle n’a pas vraiment été une surprise pour nos clients, ajoute Nadia Jottard. Ils trouvaient même logique que nous fassions quelque chose de ce bâtiment. »


Projection dans l’avenir

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Bien que le bâtiment paraisse plutôt fermé de l’extérieur, avec de grandes surfaces de mur en briques, il est clair pour Klaarchitectuur qu’ils vont ouvrir la chapelle à la vue des passants, qui pourront ainsi observer ce qui se passe à l’intérieur. D’autre part, l’idée est bien entendu aussi de conserver la structure et les impressionnantes vues à l’intérieur du bâtiment.


Les murs extérieurs seront chaulés. Aucune partie des fenêtres d’origine du bâtiment agricole n’a été conservée. Fort heureusement, les hautes fenêtres voûtées en plein cintre avec compartimentage métallique qui datent du XIXe siècle sont quant à elles en grande partie intactes. Dommage toutefois qu’il ne s’agisse pas de vitraux.
La toiture existante place l’équipe créative devant un dilemme : ne pas isoler est tout simplement impensable de nos jours, surtout pour un bureau d’architecture, mais en isolant, on porte préjudice au caractère du bâtiment.


Gregory Nijs considère ce projet surtout comme la ‘résurrection du bâtiment’, à cause de la beauté et du caractère initiaux de la construction. « Nous voulons conserver l’intérieur au maximum dans son état actuel, explique-t-il. Nous allons nous limiter à un nettoyage, mais certainement pas procéder à une reconstruction. »
Le chœur reçoit une nouvelle affectation en espace d’accueil, d’une très haute valeur d’agrément. Le volume de bureau souhaité sera implanté de manière transparente dans l’espace. Les architectes ont conçu un volume en verre qui épousera le périmètre du bâtiment. Gregory Nijs : «Au départ, nous avions imaginé suspendre un niveau de bureau dans le bâtiment. Mais cette approche nuisait à la vue sur l’ensemble. Ceci nous a conduits à l’idée d’aménager les bureaux en bas et d’y intégrer un plancher surélevé central servant d’espace multifonction. Nous créons ainsi une plateforme d’où il est possible d’admirer l’ossature du toit d’origine, haute de 15 m, qui supporte un toit en bâtière en forte pente réalisé à l’aide de tuiles flamandes. »
Les installations sanitaires peuvent être logées à l’extérieur de la chapelle, car il y a encore une petite friche adjacente au bâtiment, qui fait l’objet d’un permis de bâtir. La surface disponible permet par ailleurs d’intégrer au bloc sanitaire un escalier et un ascenseur et de maintenir les fonctions de circulation en dehors du bâtiment principal.
Le but principal du projet est de maintenir tout ce qui est existant, de manière à ce que le passé du bâtiment soit lisible sur les murs. Il reste même encore quelques peintures murales qui ne demandent qu’à être dévoilées…


Regard sur le passé et le futur

Il faudra sans doute encore deux ans avant que Klaarchitectuur n’investisse ses nouvelles installations. L’équipe ne veut rien laisser au hasard et se chargera elle-même de la conception totale de l’aménagement et de l’ameublement. « Il ne peut en aucun cas être question d’une occupation banale de l’espace, nous confie-t-on. Nous entendons accoucher d’un projet de belle facture. » L’étude de l’éclairage est également prise en charge par le bureau d’architecture.
Pendant le week-end du 14 septembre, le bureau d’architecture organisera dans la chapelle une exposition qui montrera les projets définitifs et proposera un survol des 15 années de perception architecturale de Gregory Nijs et de son bureau Klaarchitectuur.
« Le projet de nos nouvelles installations est prêt, mais en même temps, nous sommes parfaitement conscients que ce projet pourrait prendre une tout autre tournure, convient Gregory Nijs. Il existe encore tant que possibilités qui titillent notre créativité. » « Il est incroyablement difficile de devoir prendre tant de décisions pour la réalisation d’un projet à soi, nous confie encore Nadia Jottard. Nous devons donc nous imposer des échéances, sinon nous courons le risque de piétiner interminablement dans la phase créative et de reporter sans cesse à plus tard la réalisation concrète. »

© Klaarchitectuurs

Par Eduard Coddé