AIA et architectes, opposants déclarés

 
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Trump, climato-sceptique vilipendé


Le prestigieux Institut des architectes américains AIA invite ses pairs, firmes et cabinets d’architecture à s’opposer ouvertement au climato-scepticisme endurci du président US Donald Trump. Et de son administration aux ordres. 

L’industrie de l’architecture s’intéresse tout particulièrement aux innombrables problèmes posés par le réchauffement climatique imposé à notre planète par les activités humaines. Leurs effets secondaires seraient en effet redoutables. Le récent rapport spécial du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) sur le réchauffement de 1,5 à 2 °C confirme des impacts jusqu’ici largement sous-estimés sur, à la fois, les populations, leurs environnements et les répartitions des ressources. Super tempêtes, ouragans, incendies ravageurs (comme Paradise en Californie), violents cyclones, typhons, tsunamis et vagues scélérates, campagnes répétées de sécheresses et épisodes caniculaires, inondations, tous ces phénomènes naturels indésirés se multiplieront, et s’intensifieront (NCA 4 study).

 

Les factures seront stratosphériques, avec lourds tributs humains et innombrables destructions. Pour 2017, les Etats-Unis ont ainsi payé un record de 306 milliards $ rien qu’en aide et secours. Pour contrer ces scénarii catastrophes, nombre de firmes et bureaux d’architecture travaillent déjà à un ensemble de propositions pour armer villes et mégalopoles les plus exposées. Outre-Atlantique, des métropoles côtières ou bordant d’importantes retenues d’eau comme Boston, Miami, Houston ou New York élaborent des stratégies résilientes, explorent des pistes inédites. Les Européens de Bjarke Ingels Group (BIG) participent ainsi à deux projets concernant l’Atlantique (NYC) et à un autre pour le Pacifique (SF). Leurs confrères de SCAPE Studio+Arcadis+Nitsch Engineering travaillent eux pour le compte du Massachusetts proche du grand voisin canadien, phosphorant à qui mieux mieux pour y endiguer d’éventuelles hausses de niveau de la mer à l’horizon 2070 (programmation Resilient Boston Harbor).

Trump vilipendé 

Pour sa part, le prestigieux American Institute of Architects vient d’ouvrir un tout autre front. Disposant déjà d’un réseau national de résilience avec formation SAP maison (assess buildings for safety) et partisan de l’engagement 2030, l’AIA appelle en effet les architectes, firmes et cabinets américains d’architecture à signer une lettre ouverte adressée au président américain en exercice Donald Trump. Avec une administration aux ordres, ce climato-sceptique affirmé a voté le retrait US des accords climatiques de Paris. L’organisation des architectes américains déclare son «opposition absolue» à la politique US en matière climatique – celle de la chaise vide – et la volonté présidentielle affichée d’assouplir les réglementations relatives à la combustion de combustibles fossiles.

 

Le secteur de la construction (bâtiments existants et nouveaux), rappelle l’AIA, représente environ 40 % des émissions mondiales actuelles de gaz à effet de serre. Publiée tout récemment, cette lettre AIA est accompagnée d’un formulaire protestataire à signer par les architectes volontaires et rappelle les sombres conclusions de l’étude NCA 4 commandée par le gouvernement américain lui-même. Elles détaillent un certain nombre de changements environnementaux déjà dûment constatés dont une t° terrestre en augmentation déjà d’1°C depuis 1901. A politique inchangée, le rapport prédit également que températures, niveaux des mers et événements météo extrêmes vont continuer à augmenter.


© D.R.; Getty Images

Par Philippe Golard