Idées géo-ingénieu…ses

 
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Une montagne-éponge artificielle pour emprisonner le dioxyde de carbone, voilà peut-être la solution à adopter par Turin pour se débarrasser de sa pollution atmosphérique endémique. Les grandes villes côtières américaines, elles, se protègent de futures potentielles montées des eaux. Vers des modèles généralisables ?

En cette ère promise aux réchauffements climatiques, les effets secondaires seraient redoutables pour l’Homme et les espèces humaines déjà confrontées à une sixième extinction au point de générer, chez certains architectes visionnaires, des projets d’arches de Noé salvateurs (échos des 27/6/2016 et 8/9 > FA web). Sans surprise, le très récent rapport spécial du GIEC sur le réchauffement de 1,5 à 2 °C confirme que les impacts du changement climatique anthropique ont été sous-estimés sur bien des plans: populations, environnements, répartitions ressources, …. Tsunamis, cyclones et typhons d’une rare violence, sécheresses, canicules, inondations, dislocation lente de glaciers en Antarctique s’additionnent, avec ici et là leur lot de morts, drames, destructions et factures terriblement salées. Ce rapport ne laisse plus planer aucun doute.

Dans le scénario le plus pessimiste (+2 à 3,7°C), les conséquences seraient beaucoup plus graves qu’escomptées jusqu’ici. Pour gagner en refroidissement dans la seconde moitié de ce XXIe siècle après dépassements temporaires, l’arrêt de l’utilisation des combustibles fossiles est évidemment préconisé. Les technologies à émissions négatives sont appelées à la rescousse. Consomactions, agro-écologie (fermes urbaines, aquaponie, …) et géo-ingénierie, également. Ainsi, chaque tonne de CO2 non émise va désormais compter, relève la communauté scientifique. A cet égard, le récent projet Sponge Mountain de l’architecte italien Angelo Renna (Amsterdam) + SUCCESS pourrait bien constituer une des solutions praticables.

De Turin aux USA


L’opération vise à doter Turin, encaissée dans la vallée du Pô et l’une des villes les plus polluées-asphyxiées d’Europe, d’une montagne éponge artificielle de 90 m pour piéger le dioxyde de carbone. Elle nécessiterait 6 millions de tonnes de terres. Renna propose de les excaver sur le chantier TGV fret de la future ligne Lyon-Turin (projet Alpes Europe), avec son lot de tunnels ferroviaires à ériger sous les Alpes. Sponge Mountain pourrait ainsi constituer un parc en élévation, dont les entrailles piégeraient les particules indésirables libérées par industries et circulation.

Divers projets explorant le potentiel d’utilisation des sols pour capter et piéger du carbone en milieux urbains sont financés par le Conseil britannique de la recherche sur l’ingénierie et les sciences physiques (EPSRC). Ils associent des géo-scientifiques, ingénieurs, écologistes  et concepteurs. Pour aider à la cause, d’autres recherches tablent sur le pompage de gaz en stratosphère jusqu’à la peinture de toits en blanc pour mieux refléter la lumière du soleil. Quelques grandes villes côtières américaines travaillent, elles, sur les moyens de contrer de potentielles montées des eaux: barrières anti-inondations, parcs surélevés, …

Le cabinet-star d’architecture danois BIG participe à deux projets concernant New York (Atlantique) et San Francisco (Pacifique). Quant à Boston, dans le Massachusetts proche du Canada, SCAPE studio+Arcadis+Nitsch Engineering entendent endiguer les hausses de niveau de la mer à l’aide de leur programme Resilient Boston Harbor sur un front de mer de 47 km: nouvel urbanisme, aménagements paysagers particuliers (marais restaurés anti-vagues et -ondes tempétueuses, ...), surélévations et passerellisations, infrastructures. Le port de Boston est intéressé au premier chef par des défenses côtières parant les effets escomptés du réchauffement climatique à l’horizon 2070.

©  A. Renna (Sponge Mountain); SCAPE Studio (Bostonmall) 

Par Philippe Golard


 
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