Surpeuplements vs Impermanence

 
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Des déchus au gratte-ciel-crowdfunding


Depuis une petite décennie, le photographe allemand Christian Richter traque «l’impermanence»  en Europe. Ses appareils mitraillent bâtiments abandonnés et vieilles architectures décomposées. Il aurait pu faire halte en Turquie où un village entier de villas faux mini-châteaux de la Loire n’a trouvé jusqu’ici… aucun preneur. Tout le contraire de la Chine érigent des gratte-ciel, parfois les plus incongrus, pour absorber ses surpeuplements chroniques.   

Né en ex-RDA d’avant la chute du Mur, le photographe allemand Christian Richter parcourt l’Europe numériques en bandoulière, traquant ses bâtiments abandonnés, déchus et vieilles architectures décomposées, de l’Allemagne et l’Italie à la France, Pologne et Belgique. Avec l’aide des réseaux sociaux et 270.000 abonnés, il en a photographié un bon millier, d’abord en amateur puis en professionnel. Le magazine international d’architecture Dezeen vient de publier un diaporama des plus insolites, pioché parmi la série «Abandoned», travail entamé par Richter en 2011.

L’adresse des lieux immortalisés – vieux bâtiments industriels, centrales électriques, ateliers, chapelles, hôtels particuliers, théâtres, tous en ruines – est tenue généralement secrète pour tenter d’empêcher le vandalisme des bâtiments caractérisés par leur atmosphère «chants du cygne». La nature y reprend toujours ses droits. Cette quête de l’impermanence lui a révélé un incroyable paradoxe de notre boule terrestre globalisée: «Des bâtiments abandonnés se dressent partout dans le monde. Mais dans un tel monde surpeuplé, il est difficile de croire qu’il existe autant d’endroits inoccupés.

Chaque semaine

Un tel périple aurait pu mener l’Allemand au cœur du complexe rural de logements segment luxe de Burj Al Babas (vidéo YouTube), à mi-chemin entre Istanbul et la capitale Ankara, au centre de la Turquie. Là, 587 villas identiques aux allures renaissance de faux mini-châteaux de la Loire – 324 m2, 3 étages, une tourelle d’angle et une tour carrée en dessus d’entrée – ont été abandonnées à la suite de la faillite du développeur Sarot Group. Paradoxe absolu: au même moment, la Chine aux surpeuplements caractérisés domine toujours davantage le palmarès des super-grands gratte-ciel érigés, au nombre record en 2018.

Chaque semaine, il lui faut construire l’équivalent d’une nouvelle ville d’1 million d’habitants pour arriver à loger toutes ses foules. Le tout dernier rapport annuel CTBUH relève que sur les 18 gratte-ciel de plus de 300 m – nombre le plus élevé jamais atteint – achevés en 2018, 11 l’étaient en Chine. Et sur les 143 de plus de 200 m, 88 s’y trouvent également. Les Etats-Unis se situent juste derrière. A elle seule, la mégalopole de Shenzhen (S.-E. Chine; zoom ‘Archis asiatiques’ > Focus Archi 17, pp. 6-10) thésaurise près de 10 % du total mondial des nouveaux immeubles défiant le ciel.

Les formes les plus incongrues y font encore, ici et là, florès. Ainsi, le siège-tour de 400 m de la firme export China Resources (conception KPF) aux 56 colonnes en acier préfabriquées s’élance comme une immense tige de bambou hivernante, bourgeonnant en cône à l’instar du «cornichon» de Foster & Partners à Londres. Mais c’est Bogota-Colombie qui la détrône au palmarès des gratte-ciel à l’histoire la plus insolite: sa BD Bacata Torre 1 (260 m) a été financée par crowdfunding!

©  Dezeen;  KPF; Bloomberg.com

Par Philippe Golard

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