Bâtons et autres, à la trappe

 
Focus-Archi-magazine-architecture-pavillon-Fettweis.jpg

Chocolaterie Jacques, fleuron longtemps belge


Le chocolat est un des fleurons-symboles de la Belgitude. L’Ostbelgien (cantons de l’Est) vient de perdre un phare à Eupen: la chocolaterie Jacques, 125 ans au compteur, fondée au départ d’une fabrique de pains d’épices et confiseries. Pâtissier fils de fermier, son créateur verviétois inventera le bâton de chocolat breveté en 1936.  Jusqu’à fin juin, la boutique-musée vend encore ces produits phares d’une industrie artisanale passée ces dernières décennies aux mains de nouveaux actionnaires internationaux.

Une histoire de plus d’un siècle vient de prendre fin avec la fermeture de la chocolaterie Jacques à Eupen, dont les fondateurs inventèrent la formule en bâton fourré et bâtonnet. Depuis plusieurs années, rattachée au groupe Baronie, la véritable institution, fleuron national rayonnant d’Eupen à Verviers et ailleurs, subissait des coupes budgétaires et de personnel. Fin XIXe siècle, Antoine Jacques et Jean-Joseph Hardy s’associent à Verviers où le chocolat est un véritable patrimoine pour créer une usine de pains d’épices et confiseries rue des Fabriques. Dès 1896, Jacques se concentre sur le pan ‘chocolats de qualité’: Semeur, chocolat de La Gileppe, Délice des 4 Cantons, Noiseline, …. L’entreprise est présente à l’Expo universelle de St-Louis/USA: 20 millions de visiteurs dégustent ses produits-marques.

Inventif

Après la Première Guerre mondiale, bureaux et siège d’exploitation sont transférés à Eupen, d’abord rue de la Gare; le siège social reste à Verviers, successivement rue de la Paix/Spinhayer, Crapaurue et rue Xhavée. Une révolution succède à l’autre: le bâton à six parts est breveté à l’émergence des tout premiers congés payés et d’un merchandising inventif: chromos thématiques, illus, photos, cartes postales à l’An neuf, à l’instar du rival L’Aiglon (Victoria). Mais aussi porte-clés, cendriers, seaux de plage, drapeaux, jeux de cartes. A l’Expo 58, disposant de son propre pavillon signé Emile José Fettweis (>piscine communale à Diest), Jacques fabrique 5 tonnes quotidiennes pour séduire les 42 millions de visiteurs. Les quatre dernières décennies, après avoir gagné le zoning d’Eupen, Jacques passe aux mains de divers actionnariats: Stollwerck-Sprengel, Barry-Callebaut, Baronie. Doublé bientôt d’un musée du chocolat, ce déménagement va profiter à un autre fleuron belge, le spécialiste des mousses synthétiques NMC.

Cet acteur de la chimie se sent à l’étroit à Raeren, entre Eupen et l’Allemagne d’Aix-la-Chapelle, et jette son dévolu sur l’ancien site chocolatier pour le muer en nouveau siège administratif à 21 millions € et 35 ha. C’est la première œuvre d’envergure du bureau AUPa de Marc Jortay, future pointure de l’architecture industrielle et de l’aménagement du territoire. Pendant quatre décennies, AUPa s’y occupe des abords, bureaux, entrepôts et bâtiments industriels, totalisant 35 ha et quelque 84.000 m2. Entre-temps, le printemps 2013 marque le début de la crise fatale pour bâtons fourrés, blocs d’un demi-kg, matinettes, granulés, tablettes restés à l’effigie du chevalier casqué brandissant en vain bouclier et lance. Mai 2019, le couperet tombe sur 125 ans de traditions chocolatières verviéto-eupenoises. La production est désormais concentrée dans l’usine brugeoise du spécialiste en pralines et coquillages en chocolat Baronie.

© D.R.; Radio2/VRT (pavillon Fettweis; Diest)

Par Philippe Golard

Focus-Archi-magazine-architecture-Chromo-Jacques.jpg