Carrefours culturels en Namurois

 
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Beaux-Arts et architecture militaire  


Capitale politico-administrative des Wallons, Namur dispose enfin d’une académie des Beaux-Arts digne de son statut. Le chantier phasé est officiellement bouclé. Cette rénovation-extension à 7 millions € est signée par les Bruxellois Baneton-Garrino et les Namurois d’AAO. D’autres joyaux patrimoniaux namurois cherchent plutôt leur salut dans le crowdfunding

Mêlant patrimoine préservé, esthétique retrouvée et contemporanéité, rare exemple conservé d’architecture civile namuroise antérieure au XVIIIe, les lieux de cette rénovation-extension exemplaire viennent d’être complètement rendus aux 1.260 étudiants et leur corps professoral. Des antennes existent aussi à Ciney, Dinant et Huy. L’ancien Mont de Piété prend ses quartiers au cœur de Namur au début du XVIIe (écho «Ultime ligne droite» > FA web). Sa conception est signée par l’Anversois Wenceslas Cobergher, architecte-ingénieur de la Cour ducale de Bruxelles. La Belgique inexistante relève alors encore des Pays-Bas méridionaux.

Véritable carrefour culturel, l’Académie des Beaux-Arts y prendra réellement ses quartiers dans l’entre-deux-guerres. Le maintien des activités rue du Lombard, propriété de la ville, n’a tenu qu’à un fil tellement les lieux étaient vétustes, insalubres par endroits, à l’étroit et plus aux normes. Il a fallu jouer aux chaises musicales et exils temporaires à Jambes. Guidées par de sévères cahiers des charges, un programme d’une demi-dizaine de phases de rénovations et d’agrandissements de l’Académie aux façades classées a été mené à bien depuis 2012.

Dans cette programmation figurent, notamment, une extension contemporaine fondue dans le paysage, bardée d’alu et de verre, une cour intérieure et une grande verrière. Datant du XVIIe siècle, du carrelage en tomettes a été exhumé dans l’ex-salle des coffres, qui sera sans doute muée en bibliothèque ou salle de conférences. Le tout a été orchestré par l’association momentanée Baneton-Garrino/AAO. Tout juste bouclée, l’ultime étape visait à restaurer et mettre aux normes l’aile intérieure Cobergher, pour un demi-million €: menuiseries extérieures, mises aux normes (ventilation, électricité, sanitaires), ….  

Autre joyau

Au total, ce chantier de huit années du nouveau joyau patrimonial et culturel en cœur de ville namurois aura englouti 7 millions €. Part de l’enceinte militaire namuroise aux 9 forts, fort active durant les deux guerres mondiales du XXe siècle, le fort de St-Héribert à Wépion a du, lui, se résoudre à recourir au crowdfunding s’il veut se forger un avenir pérenne. Dans un bout de forêt de 11 ha, l’enceinte militaire appartient aux Legros depuis le printemps 2013, lorsque le patriarche le rachète pour en vendre le bois. Il a été vendu aux enchères par La Défense à des ferrailleurs en 1958.

L’ancien coutelier Legros qui tenait commerce à Namur-centre se prend de passion pour la fortification enfouie sous déchets ménagers et déblais. Il n’y a ni eau, ni électricité, ni commodités. Les murs des deux postes de garde, façade de l’entrée carrossée, rampe d’accès et entrée du débouché d’infanterie, fossés de gorge (base du fort triangulaire) sont d’abord dégagés. De patients aménagements ont permis de rouvrir pont-roulant, double poste de garde et quelques dizaines de locaux déblayés: cuisine, douches collectives, dortoirs, poudrière, entrepôts.

Le fort est régulièrement ouvert aux visites guidées payantes et journées thématiques (centenaire 14-18, foire aux marchés, reconstitutions, …). Ces recettes ne suffisent pas à la tâche. Le crowdfunding à paliers récemment mis en place vise à récolter quelque 8.000 € d’ici début avril pour bâcher extérieur et intérieur du fort et exposer des photos des occupants militaires de naguère, installer une signalétique et créer un album-mémorial public des soldats des deux guerres.

©  Baneton-Garrino/AAO; Ph. G.

Par Philippe Golard


 
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