Devoirs de mémoire

 
FOCUS-TyneCotBlakeleyCC-by-SA.jpg

Le centenaire de la guerre 1914-18 prend fin en novembre prochain. Avec d’autres événements majeurs des XX et XXIe siècles, il souligne l’émergence d’architectures mémorielles spécifiques. Généralement, elles font dans la sobriété.

Aux quelques 20 millions de morts, la Ire Guerre mondiale de 14-18 a été évoquée pour son centenaire, quatre années durant depuis 2014. Novembre prochain en marquera la fin officielle. Ce front s’étendait sur environ 600 km, s’étendant des Pas de Calais, SommeMarne, mais aussi le front de Mons jusqu’aux contreforts surplombant la Suisse. De Verdun à l’Yser ou ailleurs, les boucheries successives ont laissé quantité de marques territoriales, traces indélébiles dans quantité de paysages naguère gaspillés. Toute une architecture mémorielle et commémorative rappelle encore, un siècle après cet événement majeur du XXe siècle, le prix payé par des dizaines de millions d’hommes et «gueules cassées». Comme si cela ne suffisait pas, la grippe espagnole 1918-19 ajouta entre… 20 et 40 millions de tombes supplémentaires.

Depuis, préservation et entretien d’immenses cimetières (on retrouve, identifie et inhume des corps régulièrement) comme quantité de traces diverses mobilisent architectes, architectes paysagers, urbanistes et planificateurs: lignes et ouvrages défensifs (Maginot, Chemin des Dames en Champagne, Boyau de la mort du côté de Dixmude, …), ensembles sculpturaux géants, nouveaux Centres du visiteur aux diverses typologies architecturales, Mémoriaux divers. Villes et villages ont tissé aussi quantité de maillages mémoriels. Ainsi, la France compte quelque 30.000 places publiques ‘pavoisées’, de Thiéval (Somme; architecte sir Edwin Lutyens) au Mémorial de Verdun conçu par l’agence Brochet-Lajus-Pueyo (BLP Architectes, Bordeaux)en passant par les cimetières militaires notamment entretenus par le Commonwealth War Graves Commission.

Minimalisme volontaire 


L’architecture a résolument pris en charge de nouveaux besoins collectifs liés aux souvenirs et le devoir de mémoire. L’Histoire contemporaine aime se marier à l’architecture mémorielle préférant généralement désormais une sobre empathie à la grandiloquence de l’entre-deux-guerres. In Flanders Fields Musee (expo Ordre du Jour’18/Sur les traces de la guerre prolongée jusqu’au 30/09) a investi les halles aux draps d’Ypres et en constitue un des témoins privilégiés remarquables. Un autre, plus récent encore, salue l’implication en première ligne du Tigre, surnom du premier ministre Georges Clémenceau qui mena les Français à la victoire de novembre 1918.

A Nantes, la jeune agence française Titan vient ainsi de remplacer le centre d’exposition de la maison où il se retira jusqu’à sa mort, détruit par l’ouragan Xynthia, par un pavillon d’entrée rectangulaire aux trois volumes imbriqués fondus dans l’environnement. Paré de jardins impressionnistes privés co-dessinés par le peintre Monet, grand ami du «Père la Victoire», ce volume monolithique en béton, couleur sable et finitions lisses ou inégales salue pour l’avenir la mémoire d’un homme d’Etat que les Poilus voyaient régulièrement au sommet des tranchées pour évaluer situation et moral des troupes.

© CC-By SA 4.0/G Blakeley; Agence Titan/J. Lanoo

Par Philippe Golard


FOCUS-pavillon-Clemenceau-agence-Titan-J-Lanoo.jpg

 
PatrimoineLionel Lhoir