L’Escaut empierrée

 
FOCUS-Pont-des-trous.jpg

Pour la mise à grand gabarit du fleuve sur la liaison Seine-Nord Europe passant par le Benelux, ponts et infrastructures divers doivent également être ‘upgradés’. A Tournai, celui dit des Trous – un des derniers ponts militaires fluviaux médiévaux subsistants en Europe –, classé, sera modernisé tout en préservant sa structure pierres du pays.

Pour recalibrer l’Escaut le traversant et permettre ainsi la traversée de navires plus imposants (2.000 tonnes), Tournai s’enorgueillit entre autres d’un nouveau pont à Ponts depuis le tout début de l’été, sur l’axe centre-ville/gare. Son tablier d’acier de 430 tonnes et 63 m de long a été confectionné par les ateliers de Techno Métal Industrie à Andenne-Seilles. En voie de parachèvement, le nouvel ouvrage élargit le passage pour la navigation fluviale en intra-muros tournaisien. La mission stabilité-architecture-études de montage est signée par le bureau liégeois Greisch, spécialisé en superstructures du genre: viaduc de Millau, L’Enjambée-Namur: écho du 3/9 > FA web, etc.

Cette opération fait partie d’un plus vaste chantier, qualifié par certains «du siècle», qui à upgrader tous les ponts de l’intra-muros tournaisien vise d’ici fin 2020 tout en requalifiant les espaces publics. Dont 2,7 km sur 4 des quais du Tournai urbain. Le tout est chapeauté par le SPW DG02 pour le compte de la Wallonie et partiellement financé par l’Union européenne, laquelle entend «favoriser les interconnexions entre Etats membres, notamment par l’eau», relève Alexandre Valée, en charge de la com’ (évolution chantier: www.scaldistournai.eu). La fourchette répartitrice est de 60% Wallonie et 40% UE, totalisant 37 millions €. Dans ce vaste chantier en cours figure aussi le remodelage de la porte d’eau du pont des Trous. A deux tours datant du XIIIe siècle, il s’agit tout bonnement d’un des derniers ponts militaires fluviaux subsistants en Europe, classé en mai 1991.

Exit la résine métallique 

Ses trois premières phases ont fait l’objet d’un permis délivré. Visant entre autres alignement à modifier «pour s’approcher au plus près de l’eau» comme le relève la note explicative de la DG02 de novembre dernier et «aménagements de convivialité» (abords, gradins végétalisés, passerelle Delwart,…), la phase 4 en a été extraite. Elle fera l’objet d’un permis séparé attendu pour le printemps prochain. L’enquête publique a eu lieu en avril-mai derniers. L’opération débarrasse l’objet médiéval auquel Tournaisiens, amoureux du patrimoine et archéologues sont viscéralement attachés de sa coursive supérieure. Reconstruites après la Deuxième Guerre mondiale, les arches resteront elles bien empierrées selon les diverses esquisses évolutives additionnées, «avec un jeu de pleins et de vides

Signées successivement par l’architecte Bastin (bureau L’Escaut) et le bureau Greisch, celles-ci ont fait l’objet d’un «processus de co-création. L’exécutif communal n’a pas eu le temps de recourir à un concours d’architecture européen.» Dans leur version pierres gris de Tournai, elles ont en effet été adoubées par un atelier citoyen éphémère constitué après consultation populaire préférant très majoritairement la voie empierrée. Exit donc la solution silhouette en ‘résine métallique’ évoquée aux débuts de ce dossier particulier, ‘touchy’ s’il en est. Dans ce coin de Belgique – comme d’ailleurs sur la Lys, de Menin à Gand –, l’adaptation des infrastructures sur l’Escaut est stratégique dans la mise à grand gabarit du canal Seine-Nord Europe (qu’on appelle aussi Seine-Escaut).

A réaliser entre l’Oise (région parisienne) et le canal Escaut-Dunkerque, ce chaînon manquant de 107 km permettra également aux bateaux de rallier le vaste réseau des 1.532 km de voies fluviales belges ouvrant sur Rhin et Danube. Maintes fois reporté, ce dossier vieux de 35 ans pèse 4,9 milliards €. Son utilité publique vient d’être prorogée jusqu’à l’automne 2027. Doublé d’un futur hub logistique relevant de l’économie décarbonée, ce chaînon Seine-Nord Europe fait partie du dossier ‘grandes infrastructures’ financées par l’Europe redevenant bientôt à 27. Il permettrait la navigation de péniches épargnant chaque fois 200 camions vers les ports européens par voies intérieures.

Visitez l’intérieur du pont ici (vidéo © Vers l’Avenir-édition Wallonie Picarde)

©  L’Escaut/Greisch (pont des trous) ; Greisch (pont des Ponts)

Par Philippe Golard

FOCUS-tournai-pont-des-trous.jpg