Mouscron, coiffé au poteau !

 
ancienne-piscine-Mouscron.jpg

La politique de protection du patrimoine belge est souvent désolante, comparée à celle de la France… Bel exemple parmi d’autres: Mouscron aurait pu avoir un musée-piscine bien avant celui de Roubaix, aux 220.000 visiteurs annuels. Un fonctionnaire lambda intransigeant a usé du fait du prince pour s’y opposer.    

La conurbation lilloise s’étend jusqu’à Roubaix, qui souffrait des mêmes maux que partout ailleurs dans cette partie des Hauts de France: désindustrialisation et nombre de sites sans aucun avenir, là où les textiles jouèrent longtemps les fers de lance. Outre-Quiévrain, tout le monde s’est retroussé les manches pour imaginer un autre avenir à ce bassin de vie décati. Nombre de friches industrielles ont ainsi mué en magasins d’usine, pépinières high-tech ou lieux culturels d’envergure grâce notamment à des architectes imaginatifs.

Exemple parmi cent: la piscine de Roubaix, magnifique objet Art déco conçu par Albert Baert. Spécialiste des bains municipaux (Lille, Dunkerque, Roubaix, …), l’architecte nordiste est chargé de concevoir «la plus belle piscine de France» en pleine période hygiéniste. Construit dans l’entre-deux-guerres, elle servait en effet à la fois de lieu de détente et d’établissement public de bains-douches à une époque où logis, corons mais aussi la plupart des habitations étaient dénués de salle d’eau. Renfermant le bassin… olympique, le bâtiment principal dédie deux étages aux baignoires disposées le long des façades avec vue sur jardin. On y trouve aussi bains vapeur, laverie industrielle, réfectoire des nageurs, salon coiffure-manucure-pédicure. Fortement dégradés, les lieux perdent leur pouvoir d’attractivité entre les années 70-80.

Pauvre B !

A l’aube des années 90, autorités locales, Etat et direction des musées de France valident un projet de reconversion en musée d’arts appliqués et beaux-arts (vidéo ici, 7’48’’). Un appel à projet international est lancé. Déjà concepteur des 46.000 m2 du Musée d’Orsay, l’atelier parisien Jean-Paul Philippon décroche la timbale estimée à quelque 20 millions €. Le musée est livré en 2001, bénéficiant dans l’intervalle des collections de l’école nationale supérieure des arts et industries textiles et surtout d’importants dépôts des musées nationaux. Le musée d’Orsay y a ainsi une section sculpture autour de la lame d’eau centrale recouvrable rappelant la piscine d’antan. Quelque 220.000 visiteurs annuels s’y rendent, entre conférences, activités cinq sens, cabines expos, cours de l’École du Louvre et restaurant régional.

Le succès est tel que les lieux-référence dans toute l’Eurométropole Lille-Tournai-Courtrai sont bientôt à l’étroit. A nouveau, l’architecte Jean-Paul Philippon est appelé à la rescousse pour concevoir l’extension à 1.600 m². Inscrite dans le plan Musée en régions 2011-2013 et des ateliers enfants, celle-ci se concrétise en définitive mi-2016. La réutilisation muséale des lieux jette des ponts entre passé (musée) et l’avenir des créations industrielles (défilés, incentives, …) ou pédagogiques. De ce côté-ci de la frontière, Mouscron présente les mêmes caractéristiques d’ancien bastion textile décati obligé d’inventer un avenir à ses bâtis témoins muets d’un passé flamboyant. Fermée en 1989, sa piscine communale de style maritime hollandais est très similaire à l’homologue roubaisien.

Bien avant Roubaix, des édiles culturels et l’architecte communal y avaient imaginé une réutilisation muséale, en allant voir comment Montréal avait érigé un ancien bain public en outil culturel : Ecomusée du fier monde. Chez elle, place de l’Ours, Mouscron voulait ainsi niveler le bassin et poser une dalle de verre en rez. Des espaces d’expo auraient intégré les étages, en reliant les cabines entre elles par un jeu de passerelles. L’appel aux subventions de la Fédération Wallonie-Bruxelles (ex-Communauté française) était sur la table. «Sans avancer le moindre argument, un inspecteur nous a répondu qu’il n’y aurait jamais de musée ici…», témoigne l’échevin de la Culture mouscronnois dans les colonnes récentes de L’Avenir. Quatre fois par an hors l’hiver, l’espace en mauvais état sert de lieu d’expo… temporaire. «Pauvre B.», pamphlétait déjà Baudelaire.

© Atelier J.-P. Philippon; Montréal-Ecomusée; blog Lessensdelecriture

Par Philippe Golard

FA-Roubaix-1.jpg
FA-Roubaix-3.jpg
FA-Ecomusee-du-Fier-Monde.jpg