«Troglos», bien d’autres habitats

 
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Depuis des millions d'années, nos lointains aïeux ont investi les anfractuosités de la roche creusées par le temps, les gel-dégel et le patient ruissellement des eaux. D’abord sur le continent africain, berceau de l’Humanité, puis partout ailleurs. Aujourd’hui, ces lieux troglodytiques muent en domiciles insolites, hôtels, troglo-gîtes et même chais ou églises. Avec l’aide d’architectes créatifs.

Selon les paléoanthropologues, les traces du premier genre humain remontent à 7 millions d’années et proviennent d’Afrique centrale, accréditant encore davantage la thèse d’un continent noir berceau de l’Humanité. Début des années 2000, une expédition scientifique a en effet exhumé un petit crâne bosselé, deux morceaux de mâchoires et quelques dents du sable sahélien, au Tchad. Ils appartiennent à un pré-humain baptisé ensuite Toumaï, lointain ancêtre deux fois plus vieux que Lucy, l’australopithèque star de la savane découverte dans les années 70 en Ethiopie.

Bien plus proche de nous dans l’évolution de l’origine humaine et le temps, l’Homo Sapiens Sapiens quitte Afrique et Maghreb pour élire domicile en Europe via une longue migration par l’Asie. Ses habitats ont la forme de tentes de peaux ou d’écorce, huttes, pare-vents ou d’abris sous grottes très rudimentaires. Nomade pour survivre, cet homme moderne paléolithique se sédentarise et vit le plus souvent en cavernes et grottes aménagées. Sous nos latitudes, ces habitats troglodytiques profitent souvent d’encorbellements aux pieds d’impressionnantes falaises de calcaire. Outre-Quiévrain, les régions les plus riches en cavités enfouies abondent en tuffeau, roche très friable.

Larges usages…

Ces larges anfractuosités hospitalières sont le résultat de la lente érosion de la pierre par gels-dégels et des eaux se frayant un chemin vers les couches souterraines pendant des millions d’années, avant que la main de l’homme ne les peaufine en logements acceptables. Habitables, roches creusées et grottes enfouies donnaient ainsi un toit aux populations entretenant religieusement la permanence du feu. On y habitait ou on y célébrait ses morts. Bien plus tard, en temps incertains, on s’y recroquevilla. Les moines y ermitèrent. Les maquisards s’y réfugièrent.

Aujourd’hui, l’Hexagone compte quelques milliers de familles converties au troglodytisme. Ainsi, une véritable troglomania sévit en Val de Loire, Périgord, Vaucluse (plateau de Barry), Dordogne, Picardie et Drôme provençale. Aidés d’architectes créatifs, certains originaux y ont mené des transformations conduisant à des chais aux cuves tulipes comme la Maison Ogier dans le Vaucluse (PACA), églises, hôtels singuliers, hébergements troglo-gîtes à louer durant les beaux mois, habitats personnels particulièrement insolites. Davantage à lire dans l’édition 17 (print & online) tout juste parue de Focus Archi.

© Viago (Turquie); Airbnb France (troglo-gîtes); J. Prerovsky ph Archi ; H Reinhard/cc-as 3.0 (église)

Par Philippe Golard

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