Calatrava Valls, tout faux à Mons

 
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Starchitecte atteinte de «cécité territoriale»


Le bureau montois Matador vient de livrer sa critique de projet plutôt très sévère à l’encontre de l’une des réalisations belges de la starchitecte Calatrava Valls: la gare-passerelle de Mons à €. Elle est la généreuse fossoyeuse, entre autres, de deux œuvres de René Panis (tri postal et ancienne gare). Elle est surtout atteinte de cécité territoriale, se trompant d’articulation, de principe ordonnateur, de visée territoriale.   

Pour le bureau montois Matador, l’enjeu majeur de la nouvelle gare de Mons signée Calatrava Valls est d’articuler le centre historique de Mons établi sur la colline et le site des Grands Prés, coincé entre faisceau ferré, Haine et autoroute Paris-Bruxelles. La vaste plaine marécageuse d’antan devait regrouper tous les campus et bouts universitaires en ce seul endroit (1971). A la place, Grands Prés devient une extension urbaine où coexistent, anarchiquement, parc scientifique Initialis (26 ha) et vaste zone commerciale. Le concours d’architecture de 2006 est lancé pour un aménagement général du site de la gare, liaisonnant place Léopold, gare et Grands Prés.

Désigné lauréat (zoom Focus Archi n°8, pp.18-19), Calatrava Valls «modifie son esquisse et propose d’ériger une nouvelle gare traversante, visible» écrit l’équipe de Matador dans sa critique du projet publié récemment dans un hors série de la revue online Pages du LAA édité par le labo analyse architecture de la Fac d’archi de l’UCL. Et la starchitecte le fait en implantant l’immense «salle de pas perdus» perpendiculairement aux rails sur une composition très classique, articulant formellement quais et trame urbaine. Dans le même temps, tri postal et ancienne gares sont démolis, double figure urbaine typique du XIXe siècle due à l’architecte-urbaniste montois René Panis (1910-1981).      

Cécité territoriale

La ligne tracée ainsi par Valls se heurte à la cité administrative, «capricieusement implantée en oblique» et «parallèle à la rivière canalisée la Haine», ces voisines antérieures au nouveau centre de Congrès à 12.500 m2 de Libeskind+H2A IR Architecte & associés au «néant urbanistique» du site des Grands Prés, inondé de «constructions toutes plus autistes les unes que les autres». Or cette canalisation témoigne de décisions historiques radicales, car le canal Mons Condé sur l’Escault (France) fut un trait de plus de 25 km sur le territoire montois. Obsolète, il fut remblayé au profit de l’E42. Placée en oblique, la cité administrative «incarne bien cette relation privilégiée, ce dialogue inaugural entre tracé historique structurant et articulation avec la ville», ignoré par Calatrava Valls. Architecture manifeste contemporaine élaborée à grand gabarit, grands frais, grands retards, la nouvelle gare toujours en cours de construction de l’architecte espagnol aurait pu s’en accommoder. Ou en tirer parti.

Aux formes montoises – dragon-Doudou géants, héros du carnaval –, elle aurait dû s’implanter parallèlement à la rivière canalisée plutôt que perpendiculairement au rail, convoquant la géométrie de la plaine. La nouvelle grande infrastructure aurait ainsi structurée le territoire convoité vers collégiale Ste-Waudru, beffroi, centre-ville, Grand’Place, sommets montois et château plutôt que façades quelconques et tracés datant du XIXe siècle de la place Léopold. Pour Matador, Calatrava Valls à tout faux et passe à côté du potentiel urbanistique qui s’offrait à lui, pour ne pas avoir vu la bonne articulation, le principe ordonnateur, le bon territoire: la rivière. Elle seule polarise les trois grands fragments de la ville contemporaine – ville historique, Grands Prés, Grand Large au nord –, en nouvelle composition urbaine enrichie d’un projet «plus qu’une gare». «On doit s’en étonner voire s’en offusquer», conclut Matador.

Par Philippe Golard

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