L’«aquatecture», briseuse de couples

 
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Que partagent Belgique, Hongrie et Portugal en ce début de XXIe siècle? Une tendance affirmée pour le divorce, avec un taux de séparation définitive parmi les plus élevés au monde… Outre-Moerdijk, une équipe d’architectes-ingénieurs inventifs en a tiré un concept de maison adaptable aux déchirures amoureuses sans retour.

C’est dans leur culture depuis le Moyen Age: les Néerlandais inventent sans cesse de nouvelles manières d’habiter, pour dompter l’eau omniprésente. Comme l’illustre le dossier «Villes amphibies» (lire Focus Archi n°10, pp. 30-31 & 40-42), ces précurseurs travaillent depuis toujours à des projets de créations de polders (terres gagnées sur l’eau) et de constructions d’îles artificielles. Chez eux (60 % de la population habitent sur 4.000 polders) et dans le monde entier. L’un des plus beaux exemples se situe en banlieue amstellodamoise. Là, le quartier flottant expérimental d’Ijburg est pour moitié l’idée du seul bureau Marlies Rohmer Architects & Urbanists. Sur le Steigereiland, le nouvel habitat “Polder 2.0” est partout construit sur une base de béton de 70 m2 amarrée à deux piliers cantonnant les déplacements verticaux de chaque unité similaire en fonction des montées d’eau. Chacune peut être complétée par serre, véranda, terrasse flottante et stores géants. De l’autre côté du bassin, on trouve plutôt des unifamiliales flottantes réalisées par nombre d’autres architectes. C’est la partie constructions libres… sur l’eau, aménagée selon le même plan rationnel de rectangles, lignes et angles droits. Toutes sortes d’équipements vont bientôt compléter ce labo aquatique: jardins, cinéma et boutiques flottants, places où stationner sa voiture. «Dans 5 à 10 ans», prédisent urbanistes et architectes locaux (doc «Maisons flottantes d’Ijburg» (26’) de Dominique Perrier; série ‘Habiter le monde’ Arte France-Cinétévé), on pourra même déplacer sa maison flottante à son gré. Dans cet ordre d’idée, le studio OBA (Amsterdam) a récemment imaginé une maison flottante à diviser en deux pour les couples envisageant une rupture définitive. Ou carrément le divorce. Prénommée habitat prénuptial, le concept est né de l’imagination fertile d’Omar Kbiri, expert autoproclamé de la culture pop: «Avec le nombre croissant de divorces enregistré chaque année, notre concept est devenu de plus en plus relevant.» L’idée a le mérite d’éviter d’ajouter aux foudres de la séparation, l’épineux problème des relocations et frais immobiliers conséquents inhérents à un divorce. L’aquatecture environnante a débouché sur l’idée d’un double module assemblé, séparable le cas échéant et pouvant alors être déplacé sur l’eau, aux antipodes l’un de l’autre. La construction flottante est faite de matériaux composites, dont de la fibre de carbone. Avant les Pays-Bas, les concepteurs pensent aux marchés belge, portugais et hongrois, où l’on divorce beaucoup. L’équipe prépare un prototype pour début 2017.

© Rohmer A&U, Arte France-Cinétévé et studio OBA