Tour sous décharges

 
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A Anvers, la «Boerentoren» surplombe l’horizon de la première métropole nordiste depuis l’entre-deux-guerres. Ce fut la plus haute tour du continent Europe jusque dans les années 50. Siège bancaire de la KBC, la puissante banque du nord du pays, les lieux souffrent de corrosion aggravée. Solution trouvée pour éviter la rouille ? Bombarder la structure sous-jacente en acier de la tour d’ions électriques en permanence… Sans risque d’électrocution !

Classée depuis 1981, entre Meir et Groenplaats, elle n’est pas la plus haute de Belgique (tour du Midi, 150 m ; Bruxelles) ni la première en hauteur des tours flamandes (St-Maarteensdal, 112m ; Leuven). Mais la Boerentoren avec ses 87,5 m (95,75 m après agrandissement en 1976) n’en constitue pas moins un héritage en matière de gratte-ciel belges et même européens puisqu’elle est la toute première à être érigée en Belgique comme sur le Vieux Continent. Elle est née en plein boom des gratte-ciel s’élevant outre-Atlantique, à Manhattan-New-York en particulier, avant que krach et Grande Dépression (crise économique mondiale) ne s’ensuivent. Les premiers projets la concernant datent de 1929 ; feu vert et construction débutèrent en 1931, juste après les succès enregistrés par l’Expo universelle tenue à Anvers. Surnommée «tour des paysans» ou des «fermiers» (les premiers clients de la banque, en importance) malgré ses contours résolument Art déco, elle est l’œuvre des architectes Joseph Smolderen et Jan Robert Vanhoenacker (cabinet commun) ainsi qu’Emile Van Averbeke, le «Horta anversois». On doit aux deux premiers également, presque de conserve, le mémorial interallié de Cointe sur les hauteurs de Liège qui offre d’étranges similitudes avec l’immeuble mastodonte anversois en matière de silhouette. Au printemps 2014, son propriétaire la KBC a décidé de restaurer complètement les lieux. Car, comme les tunnels bruxellois, la tour de béton et pierres (poreuses) souffre notamment de corrosion dans son squelette en acier sous-jacent. Les entrepreneurs sélectionnés Verstraete&Vanhecke et néerlandais Vogel BV, ingénieurs et les architectes de Steenmeijer BVBA ont consciencieusement appliqué «une protection cathodique active» (CIPC) ; lisez des décharges électriques constantes de faible ampleur (4 à 5 volts), par une mise sous tension permanente, technique rodée en marine marchande ou entretiens de pipeline ! 9.000 trous ont ainsi été forés dans la tour pour insérer quelque 7.000 anodes en titane céramique fournies par Fortius (Diest), ainsi que 18 km de câbles électriques. Avant de clore le dispositif, la tour a été ravalée en sus. Menés pendant un an, diverses campagnes de checking viennent de livrer leur verdict : tout est sous contrôle, sans risque d’électrocution. C’est l’un des plus grands immeubles protégés de la sorte… au monde.

Bien davantage – illus d’époque + textes – sur la Boerentoren dans la ‘lesmap’ qui lui est consacrée sur le web : cliquez ici

© Vogel Betononderhoud B.V. ; Steenmeijer Architects BVBA